mardi 21 juillet 2020

Victor Kessler n'a pas tout dit






Synopsis


LA VÉRITÉ N'EST JAMAIS LÀ OÙ ON L'ATTEND.



La brume des Vosges cache bien des secrets. Bertille le sait : elle les a fuis. Retranchée à Paris dans une vie solitaire, la jeune femme a enterré ses souvenirs. Jusqu'au jour où sa vie bascule. Quelques pages trouvées dans le cabas d'un vieil homme la réveillent d'un coup : il s'agit d'une confession, écrite par un certain Victor Kessler. Car le 17 novembre 1973, quarante-cinq ans plus tôt, le corps d'un enfant de dix ans a été repêché dans un lac près de Saintes-Fosses. L'instituteur du village est le coupable idéal : Victor Kessler, lui-même.
Fascinée par l'affaire, poussée par Victor, Bertille part en quête de la vérité. Mais, à la recherche des démons du vieil homme, ne finira-t-elle pas par croiser les siens, enfouis dans les forêts vosgiennes ? Et toujours cette même question : parler ou se taire ?



Une rencontre liée au hasard, celle d'un vieux monsieur et de Bertille, une jeune femme travaillant pour des enquêtes en supermarché. Ce vieux monsieur, elle le rencontre lorsqu'elle l'aborde pour répondre à un questionnaire d'enquête un dimanche matin au supermarché. Il fait un malaise et tombe dans les bras de Bertille. Il est vite transporté à l'hôpital, Bertille se retrouve avec le sac de courses du vieux monsieur. A l'intérieur de ce sac, elle va découvrir des pages écrites renfermant une confession. Sa curiosité est attisée par ces pages d'écriture, Bertille passe outre sa sensation de "voyeurisme" et va en entreprendre la lecture. 

Cette confession a été écrite par Victor Kessler qui vient de passer 30 ans en prison. A la lecture des premiers feuillets, Bertille tremble, de peur ou d'excitation elle ne saurait le dire. Ce journal intime, Bertille tenait à le lire jusqu'au bout mais l'homme va bien s'apercevoir qu'elle n'a pas rendu le sac. Mais c'est plus fort qu'elle, Bertille est saisie par la justesse des mots qui résonnent en elle. Elle a l'idée alors d'entreprendre des recherches sur Google, elle tape les mots "procès" et "Saintes-Fosses" et elle comprend alors la portée médiatique de l'affaire qui remonte aux années 1973 et 1974. A ce moment là, Bertille prend la décision qui va être la source de grand bouleversements. Elle est attirée par cette affaire. Certes les faits sont prescrits, juridiquement, mais moralement rien n'est jamais terminé pour ceux qui gravitent autour d'un meurtre. Les pages lui permettent de s'immiscer dans une enquête criminelle. A l'issue d'un procès qui avait secoué l'est de la France, un homme avait été condamné à la réclusion à perpétuité, échappant de peu à la peine de mort. 

Tout avait débuté le 17 novembre 1973 où ce jour-là le corps d'un enfant de 10 ans avait été repêché, flottant à la surface d'un plan d'eau. L'affaire du lac comme les journalistes nommait l'affaire en ces temps, jouant avec le patronyme du jeune noyé : Simon Dulac.

A l'époque, Victor Kessler était jeune instituteur démarrant à Saintes-Fosses, son village natal. Un instituteur apprécié de tous, et des élèves et des habitants de Saintes-Fosses. Mais il se trouve que l'instituteur du village est le coupable nommé par tous, le jour où le corps du petit garçon est retrouvé noyé : et par les élèves de sa classe qui un à un sont interrogés par la police, et par les habitants de Saintes-Fosses qui donnent eux aussi des témoignages, et par l'enquête de police et autopsie qui désigneront eux aussi Victor Kessler comme coupable. 

30 ans après, Victor Kessler a purgé sa peine et vit tranquillement à Paris. Mais cette rencontre fortuite avec Bertille va le transporter 30 ans en arrière, à Saintes-Fosses dans les Vosges. Bertille est enfin rentrée en contact avec Victor Kessler, elle a rapporté les feuillets qu'elle lui avait subtilisés et elle veut connaître la suite. Et puis elle a dit au vieux monsieur qu'elle voulait appréhender son histoire. Est-ce qu'elle était anormale ? Sans doute. Sa vie était une succession de secrets et de mensonges, de non-dits, de mensonges. Et de questions. C'était peut-être pour cette raison qu'elle se sentait attirée par le vieil homme. Elle avait envie de le comprendre. 

Bertille décide de partir dans les Vosges à Saintes-Fosses. Elle avait envie de comprendre, elle avait lu dans les yeux du vieil homme de la confiance et de la tranquillité. Deux sentiments qu'elle ne connaissait pas et qu'elle ne s'attendait pas à découvrir chez un homme qui avait purgé 30 ans de prison pour un meurtre. La peine de mort avait été requise par l'accusation, seul le doute des jurés avait permis à Victor Kessler d'y échapper. Un doute qui n'avait pas empêché qu'on le condamne à perpétuité. Pourquoi ? Soit il était coupable, soit il était innocent ; dans un cas, la peine de mort, dans l'autre, l'acquittement. Bertille était donc pleine d'interrogations face à cette histoire de meurtre, qui n'auraient pas dû la concerner d'ailleurs, mais elle ressentait le besoin d'y répondre. Comme si les réponses apportées aujourd'hui pouvaient racheter toutes celles qu'elle n'avait pas cherchées, dans sa propre histoire...

Bertille affronte donc les brumes vosgiennes, celles qui l'ont vue grandir car c'est dans cette région qu'elle a grandi et c'est cette même région qu'elle a quitté sans prévenir personne pour venir à Paris. La jeune Bertille va elle aussi replonger dans ses souvenirs et va devoir affronter ce qu'elle a fui depuis longtemps. 

Victor et Bertille ont passé un accord, il complète le reste de son journal intime et de ses confessions et Bertille part dans les Vosges pour mener son enquête à Saintes-Fosses mais à la seule condition qu'elle écrive à Victor un journal chaque jour sur l'évolution de ses recherches. Il aurait un peu l'impression comme ça d'être revenu dans les Vosges lui aussi. 

Victor Kessler n'a pas tout dit, mais  ce petit village de Saintes-Fosses non plus. 
Victor Kessler aura peut-être alors l'occasion de rédiger enfin la conclusion de son journal intime, c'est peut-être l'occasion qu'il attendait depuis plus de trente ans...

Coup de coeur pour cette troublante quête de vérité !

Dès les première pages, j'ai senti que j'avais entre les mains un joli bijou de lecture. Maintenant il m'est bien difficile d'en écrire une chronique car j'ai peur d'en dire trop sur l'histoire... Il faut se plonger dans le roman sans en connaître davantage pour en apprécier toute sa beauté.

J'ai trouvé ce roman très fort, puissant même je dirais. Une quête de vérité haletante, et même plus encore. On découvre une jeune femme atypique, fragile, que l'on apprendra à connaître au fil des pages grâce aux confessions qu'elle aussi osera enfin révéler. Des confessions abordant sa jeunesse. Malgré cette fragilité, on la voit également courageuse. Courageuse de se replonger dans son passé vosgien qui l'a tant fragilisée, elle va devoir elle aussi se confronter à son passé et à ses secrets jamais révélés.

Et on découvre un vieil homme qui a purgé une peine de prison pour meurtre. Trente années, enfermé avec ses secrets. On sent que l'homme n'est pas prêt à vivre une nouvelle confrontation avec son passé mais en même temps l'arrivée de Bertille et son envie d'entreprendre son enquête est peut-être ce qu'il attendait au fond de lui pour rédiger enfin la conclusion de son histoire après plus de trente ans. 

J'ai beaucoup aimé le déroulement de l'intrigue, extrêmement addictive, du fait notamment que Cathy Bonidan fait parler chaque personnage concerné par l'affaire. Libre parole, sans jugement aucun, et c'est tellement appréciable pour le lecteur... Des non-dits, des secrets bien gardés, des rues silencieuses à l'arrivée de Bertille dans ce village vosgien. Puis des souvenirs troubles...des faits, des révélations... Et alors, on verra une certaine culpabilité apparaître sur le visage de certains. Bien entendu, je ne vous dis rien, il peut s'agir de n'importe qui. Tout est plausible, et tout peut-être remis en question à n'importe quel moment... Mais la vérité est-elle bonne à être révélée parfois ?

Une intrigue que j'ai trouvée magistrale du début à la fin. Des confessions au fil des pages, et pour Bertille qui révèle à Victor ses blessures du passé et il sera le seul à les connaître  au jour où elle les écrit ; et pour Victor qui, enfin après 30 années, termine ses confessions sur la mort du petit Simon. 

L'écriture, la narration, sont parfaites. On est transporté du présent au passé dans une grande justesse et un grand soin d'écriture. On passe des années 70, au présent. L'histoire compte alors une narration par le biais de carnets d'écriture, journaux intimes de Victor et de Bertille, écrits au fil des jour passés dans les Vosges lors de l'enquête de Bertille. Chaque journée, chaque journal, révèle alors un fait marquant dans l'affaire ou bien alors un des secrets enfouis de Bertille. Et alors là...Bam !! Vous remettez tout en question, tout ce que vous pensiez comprendre ! Cathy Bonidan nous entraîne alors vers d'autres vérités. Le suspense est incroyable et vous ne pouvez plus décrocher de votre lecture. 

Hormis cette intrigue puissante, on est happé également par ces brumes vosgiennes. On le sent, on le sait, elles détiennent des vérités pas forcément bonnes à révéler. On découvre ce petit village vosgien, et on le découvre sous deux facettes : petit village des années 70 vs petit village actuel. Tout le monde se connaît dans ce petit village de campagne. Cathy Bonidan met en avant nos souvenirs, lorsque nous étions enfant, lorsque l'instituteur ou l'institutrice du village faisait figure d'autorité, respecté de tous. On note que Cathy Bonidan exerce le métier d'institutrice à Vannes et qu'à lire ses mots, on ressent ses convictions, et ça ne laisse pas indifférent. 

Les mots de Cathy Bonidan vous apportent beaucoup d'émotions à la lecture de cette intrigue plus que touchante sur bien des points ; Cathy Bonidan aborde des faits de société durs émotionnellement parlant (que je ne peux révéler). On tourne les pages avec addiction jusqu'au dénouement final, en passant par ce suspense implacable, à l'émotion forte que l'on vit à chaque blessure, chaque révélation. Une intrigue palpitante jusqu'à la dernière page.

L'auteure fait également référence dans ce roman aux faits marquants de l'époque, années 70/80, ces meurtres d'enfants non résolus, notamment celui du petit Grégory. Une référence ancrée dans nos mémoires, notamment pour les personnes de ma génération. 

Est mis en avant aussi, les méthodes d'investigation de l'époque (années 70) qui bien entendu n'étaient pas les mêmes qu'actuellement et beaucoup moins abouties. Il y a alors toute une réflexion à ce sujet.

Difficile de vous retranscrire toute la beauté de ce roman, hormis l'intrigue palpitante on retrouve également des questionnements sur la condition humaine. Mais aussi sur la vérité, le mensonge. Il faut en dire le moins possible sur ce roman, en connaître le moins possible pour l'apprécier et se laisser happer par toute sa splendeur et sa grande justesse.

Vous l'aurez compris, un immense coup de coeur pour ma part. J'ai, depuis, très envie de découvrir les autres romans de Cathy Bonidan et je ne peux que vous conseiller de découvrir ce roman palpitant et découvrir les confessions de Victor Kessler mais aussi celles de Bertille, jeune femme fragile mais pleine de courage. 




Merci aux Edtions de La Martinière pour cette lecture.


2 commentaires:

  1. Quelle avis enthousiaste. Tu me donnes envie de le lire, merci.

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  2. Bon, tu me donnes vraiment envie. Je pense que je n'aurais jamais tenté le coup autrement! Je vois s,ils l'ont à ma biblio.

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Merci de votre passage sur le blog !