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mardi 27 avril 2021

Les trois vies de Suzana Baker



Synopsis

Quand Lauren Moore, professeur d’Histoire contemporaine à Boston, reçoit pour son anniversaire un test génétique destiné à établir ses origines généalogiques, elle trouve le cadeau de sa fille Emily très amusant. Ce test est très en vogue parmi ses collègues historiens.

Quelle n’est cependant pas sa surprise quand elle en découvre les résultats, divulguant des origines ignorées de tous jusque-là. Une ascendance qui remet en question toute son existence ainsi que celle de sa fille et balaie d’un coup ce qu’on lui a toujours raconté de ses ancêtres.
Qui peut l’aider à résoudre ce mystère ? Sa mère Suzana, âgée de quatre-vingt-neuf ans et atteinte de la maladie d’Alzheimer, est dans l’incapacité de l’éclairer. Il semblerait pourtant qu’elle ait caché un secret que personne ne soupçonnait. Pourquoi aurait-elle menti ?

Pour Lauren et sa fille, c’est le début d’un long périple qui les mènera des USA, en passant par la France, jusque dans les contrées lointaines de l’Est européen. Une quête de la vérité, mais aussi la découverte d’une histoire incroyable qui va changer leur vie…
Deux voyages inversés – l’un vers des origines inconnues, l'autre pour survivre.



Pour ses cinquante ans, Lauren, professeure d'histoire contemporaine à Boston, s'est vu offrir un test ADN par sa fille. Test censé déterminer ses origines ethniques et qui lui permettrait d'identifier des cousins génétiques dont elle ignorait l'existence. Un test ADN très à la mode comme cadeau en ce moment. Lauren n'en attendait pas grand-chose d'autre qu'un aspect divertissant. Elle n'en demeurait pas moins curieuse. 

Massachusetts, nous sommes au mois de Mai 2019, et toute la famille s'est réunie pour fêter les 89 ans de la mère de Lauren. Un bel âge pour Suzana, malheureusement elle ne peut partager le bonheur de tous, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Tout le monde est là autour de Suzana, les amis de Lauren, son ex mari Oliver, sa fille Emily. C'est lors de ce week-end anniversaire que Lauren reçoit les résultats de son test ADN. Des résultats surprenants : elle était Irlandaise à 35,2%, Anglaise à 7,8%, Norvégienne à 6,9%, et majoritairement Juive ashkénaze à 50,1%.
Comment ce test pouvait-il scientifiquement établir que Lauren avait des origines juives ? C'était incompréhensible au regard de celles de ses parents, et de la foi catholique dans laquelle ils l'avaient élevée. 

Lauren ignore comment elle allait parvenir à gérer cette découverte génétique vis-à-vis de sa fille, de sa mère, de tout le monde, d'ailleurs. 

Qui peut lui venir en aide pour en savoir plus sur ses origines ? Suzana ? Non, atteinte de la maladie d'Alzheimer, le passé de Suzana s'est envolé.
Lauren va devoir parcourir les traces du passé de sa mère en quête de ses origines. Ce qu'elle va découvrir va la surprendre. Elle en vient même à se poser la question si Suzana est bien sa mère...
Pourquoi Suzana avait-elle romancé sa vie ? 

Au fil de ses découvertes, Lauren est déconcertée. Sa fille Emily se sent elle aussi concernée par ses origines, et propose à sa mère de partir pour un long voyage qui va les mener de la France, jusqu'en Allemagne, en Suisse...en quête de vérité sur leurs vraies origines. 

Un long voyage, nous allons en parcourir également un autre. Celui de trois enfants, Hannah, Frida, Léon, pendant la seconde guerre mondiale. Des enfants qui pensaient que les étoiles représentaient la joie, l'espoir, la fête même, qu'elles étaient le symbole d'une belle histoire, d'un conte ; pas qu'elles représentaient la honte, l'humiliation, l'exclusion. Frida ne comprenait pas pourquoi tout le monde avait le droit de l'humilier parce qu'elle était juive. Elle détestait cette étoile en tissu marquée "Juif". Depuis qu'on la forçait à la porter, elle était furieuse contre le ciel, surtout lorsqu'il était étoilé.
Que d'émotions...

J'avais eu un énorme coup de cœur pour le roman Le petit roi du monde de Philippe Amar, et je n'ai pas hésité à me plonger dans son nouveau roman Les trois vies de Suzana Baker car j'étais certaine de retrouver la belle plume et les mots touchants de l'auteur, ainsi qu'une histoire émouvante comme il sait si bien les conter. 

Et quel merveilleux moment de lecture... Une lecture très émouvante, qui vous prend aux tripes, et qui vous donne aussi un poing rageur envers tout ce qu'ont subi ces hommes, ces femmes, ces enfants, au titre de leurs origines juives. 

Une histoire passionnante, où l'auteur mêle l'Histoire à un drame inspiré du passé de sa famille. C'est avec une grande émotion que l'on se plonge dans la quête d'identité de Lauren à la recherche de ses origines familiales. Professeure d'histoire, elle va se plonger un peu plus dans la période de la Seconde Guerre Mondiale. En quête de vérité, on se retrouve aux côtés de Lauren qui quitte les Etats-Unis avec sa fille pour la France, la Suisse, l'Allemagne au fur et à mesure des découvertes qu'elles feront. 

Pour mieux comprendre les origines de Lauren, on fait un bond dans le temps, en pleine Seconde Guerre Mondiale, au temps de l'occupation. On fait la connaissance de trois enfants : Hannah, Frida et Léon. 
Et vous ne pourrez plus alors quitter le roman...Les émotions viendront serrer votre cœur, et la vie que ces trois enfants ont subi vous font repenser à cette période de l'Histoire écœurante qu'il ne faudra jamais oublier. Cette période de l'Histoire m'a toujours beaucoup marquée depuis mon adolescence avec l'incompréhension de tout ce qui s'est passé, la déportation, l'extermination, de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants. Des crimes atroces. Des crimes également envers ceux qui les ont aidé.
On replonge dans cette période avec beaucoup d'émotion, les mots touchants et vrais de l'auteur vous feront palpiter le cœur. 

Le quotidien de ces trois enfants, pendant cette période de la Seconde Guerre Mondiale, m'a captivée. Le rythme est effréné et le suspense est saisissant. Parmi ces trois enfants, on se doute bien sûr qu'il doit y avoir la mère de Lauren. Mais on ne découvrira la vérité qu'au moment du dénouement plus que touchant et qui saura vous surprendre.

Philippe Amar rend également un très bel hommage aux Justes, ces hommes et femmes non-juifs qui ont aidé des Juifs en leur portant secours de différentes manières. Leur fournir des vêtements, des faux-papiers, de la nourriture, un toit.... Les gestes de solidarité, de sauvetage même pourrait-on dire, se sont multipliés lorsque les rafles organisées en 1942 ont commencées. Des inconnus qui ont apporté leur aide de façon individuelle ou au sein de réseaux. J'ai trouvé que ce roman rendait un très bel hommage à tous ces inconnus. C'est tellement touchant et éprouvant. 

On ne ressort pas de cette lecture si facilement. Peut-être parce que cette période historique m'a toujours particulièrement touchée et qu'elle m'a toujours tordue les boyaux aussi en parlant plus crument. J'ai d'ailleurs eu du mal à écrire ma chronique, de peur de ne pas avoir les bons mots pour vous transmettre toutes les sensations que j'ai ressenti à la lecture de cette histoire captivante. 

J'ai aimé la construction du roman alternant les chapitres entre la vie de Lauren à l'heure actuelle, et ce bond dans le passé qui démarre au 11 juillet 1940, avec des chapitres évoquant alternativement la vie de Frida, d'Hannah, et de Léon. Cette construction apporte beaucoup au suspense de l'histoire, et donne ce côté captivant à l'histoire. Les rebondissements sont nombreux, aucun temps morts. Et on est autant tenu en haleine par le récit actuel de Lauren que celui des trois enfants pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Côté décors, on les visualise parfaitement. Côté émotions vécus par les personnages, on les ressent grâce à la belle plume de l'auteur. De la peur, de la tristesse, de l'incompréhension, de la rage, de l'amour, de l'amitié...et tant d'autres encore.

Des personnages auxquels on s'attache énormément et que l'on n'a pas envie de quitter. 

Le thème de la maladie d'Alzheimer est abordé avec des mots justes et touchants. On est pris d'émotions face à la maladie de Suzana, au ressenti de ses proches aussi. 

Extrêmement touchée par les mots de Philippe Amar, par cette histoire captivante 
pour ne jamais oublier cette période de l'Histoire. 
Je ne peux que vous recommander cette lecture ; 
de même que si vous n'avez jamais lu Le petit roi du monde, foncez !!



Merci aux Editions Fayard / Mazarine pour cette lecture


mercredi 15 avril 2020

Le petit roi du monde























Synopsis

Victor, douze ans, orphelin né sous X, vit chez "Tatie, une femme qui l'élève comme son propre fils. Il mène l'existence d'adolescents de son âge. 
Mais la santé de Tatie est fragile. Alors, quand l'Aide sociale à l'enfance lui trouve des parents adoptifs "sur catalogue", Victor décide de se choisir une "maman" tout seul. Inscrit sur un site de rencontres, il jette son dévolu sur "Lily des lilas". Si cette pâtissière dans un palace n'a pas l'intention d'adopter qui que ce soit, il en faudrait plus pour décourager l'enfant, prêt à tout pour la convaincre...

Victor Adrien Laurent : ces trois prénoms lui avaient été attribués par l'officier d'état civil en charge d'établir l'acte de naissance. Le troisième prénom faisant office de nom de famille. Telle était la disposition légale pour les enfants nés sous X. "Nés sous le secret", comme le stipulait l'administration avec plus de poésie. 

Victor a toujours rêvé d'appartenir à l'histoire d'une famille et se dit souvent : "Quand j'aurai un vrai nom, je serai le roi du monde !"

Victor est un enfant de l'Aide Sociale à l'Enfance, l'ASE. Il a toujours été orphelin, né de mère inconnue, et un père qui n'a jamais voulu prendre contact avec lui hormis par écrit. La seule chose qu'il sait de lui c'est qu'il vit au Canada et qu'il conduisait des camions. Oh, il a souvent pensé à son père mais Victor a pardonné son absence, l'inconséquence dont il avait fait preuve à sa naissance, l'immaturité patente qui l'avait empêché d'assumer sa paternité.

Aujourd'hui, Victor a grandi, il a 12 ans, et vit dans sa famille d'accueil depuis ses quatre ans. Il a été pris en charge par Tatie qui l'a élevé comme ses propres enfants, tout autant que les autres enfants venant de l'ASE. Accueillir chez elle les enfants des autres était une véritable vocation pour Tatie, une seconde nature. Mais Tatie prend de l'âge, ses enfants ont quitté le nid depuis bien longtemps. Et Tatie est atteinte de gros problèmes cardiaques. Comment faire comprendre alors à ce petit garçon de 12 ans qu'elle ne pourra plus s'occuper de lui... 
Il redoutait forcément de la voir faillir car il avait puisé sa force en elle depuis tant d'années, mais Victor espère qu'une filiation avec Tatie soit possible. 

Les services sociaux en décident autrement et décident de lui trouvé des parents adoptifs, des parents sur "catalogue" comme dit Victor. 

Mais Victor en décide autrement, il ne veut pas de parents sur "catalogue". Il veut lui même choisir, et il n'a pas besoin d'un père. Non, Victor ne souhaite qu'une mère. Alors il trouve l'idée de choisir sa mère sur un site de rencontre. Mais pour l'heure, il a besoin de sa bande de copains toujours présents en cas de coups durs pour l'organisation de cette recherche. 

Inscription faite, non sans mal, il se prend d'affection pour le profil de Lily des Lilas. Une pâtissière d'un grand palace parisien. Mais voilà, Victor n'a pas pensé à tout... 

Car oui, Lily des Lilas n'a jamais eu l'intention d'adopter un enfant. Jeune femme célibataire, elle est à la recherche d'un homme... 

Croyez-moi, Victor a plus d'un tour dans son sac et il va avoir besoin d'une autre personne à ses côtés pour parvenir à ses fins. Le temps presse car les services sociaux comptent bien lui présenter sa nouvelle famille. 

Quel beau roman !!

Un sujet qui vous prend aux tripes, celui de l'adoption. Et l'auteur en parle merveilleusement bien tout en réussissant à apporter beaucoup d'humour. Un roman d'une grande douceur, poétique, écrit avec une grande justesse sur ce thème de l'adoption.

J'ai beaucoup aimé l'évolution de l'histoire, rendue douce et poétique, avec un thème de société pourtant fort et émotionnellement parlant, poignant. Ah bien sûr, vous ne ressortez pas indemne de cette lecture car même si l'humour est présent tout au long de la lecture, les émotions restent quant à elles très fortes. 

Une très belle histoire écrite sous forme de comédie. Les thèmes sont profonds. Les sentiments aussi, que ce soit au niveau des sentiments de ce petit garçon qui ne comprend pas pourquoi il n'a pas le droit d'avoir une famille, ni une histoire de famille avec des aïeux. Mais c'est également poignant, du côté de cette femme "Tatie" qui a, toute sa vie durant, accueilli des enfants de l'ASE et qui les a élevés et aimés comme ses propres enfants. L'auteur nous retranscrit donc les émotions que vit cette femme prenant de l'âge et qui a vu grandir ce petit garçon mais qui sait qu'elle ne pourra plus continuer à l'élever. Mais que c'est dur... 
Ce que j'ai donc apprécié, c'est que l'auteur nous offre plusieurs points de vue dans son roman et pas seulement les émotions vécues par ce petit garçon. 

L'auteur nous retranscrit également les émotions vécues par le personnel de l'ASE, des éducateurs qui suivent les enfants depuis leur bas âge et qui sont poignardés également de se voir retrouver en face de certaines situations. 

J'ai trouvé très intéressant d'aborder les points de vue émotifs de chacun. 

On s'attache énormément aux personnages. A tous les personnages de ce roman. Bien entendu, à ce petit Victor prêt à tout pour se trouver une maman. Il est plus qu'attachant, il est toujours plein d'espoir et d'optimisme. Et puis, il y a sa bande de copains qu'on ne peut qu'aimer également. Toujours solidaires en cas de besoin. Ils sont prêts à prendre tous les risques, quitte à se faire réprimander par les parents pour apporter leur aide à Victor. Il y a aussi Momo, le patron du bar où les garçons se retrouvent lors de leurs temps libres. Toujours là aussi pour les aider, ses champions du baby-foot, quitte lui aussi à se faire réprimander par l'éducatrice. Et enfin, "Lily des Lilas" si charmante et humaine elle aussi. 
Tellement de bienveillance qui se dégage de tous les personnages, ça fait du bien.  

J'ai aimé également les décors de l'histoire, en plein coeur de Paris. On se retrouve tantôt dans un grand hôtel parisien, au coeur d'une brigade, à suivre les aléas des services dans un grand palace. Là aussi, c'est intéressant à suivre. Et puis tantôt, on se retrouve dans le quartier de Montmartre et ça vit à plein. 

Et puis, on ressent les bonnes odeurs des babas et autres pâtisseries de "Lily des Lilas". Mon dieu... quelles tentations au cours de la lecture !!! 

La plume est superbe, très poétique et douce comme je vous le disais un peu plus haut. L'auteur a su rendre ce sujet poignant en comédie pour le plus grand plaisir du lecteur. Il sait retranscrire les émotions, les décors, et les bonnes odeurs des pâtisseries. 

Un thème poignant écrit avec beaucoup de justesse, d'émotions et de bienveillance, avec cette touche humoristique réconfortante.