lundi 27 avril 2026

Le parloir

 




Isabel, la trentaine, prend souvent des décisions subites qu'elle ne s'explique pas elle-même. Alors un jour, elle quitte son mari et part avec sa fille sans savoir où aller ni ce qu'elle va faire de cette liberté soudaine. Elle s'installe en Bretagne où elle loue une chambre chez une vieille dame, Violette, qui l'aide à retrouver le goût de vivre. Isabel a toujours préféré le silence aux longues paroles.

Violette lui fait découvrir une association de correspondance avec des détenus. Cette idée plaît à Isabel, donner un peu de réconfort. Elle se voit confier la correspondance avec un récidiviste purgeant une longue peine à la maison d'arrêt de Poissy. 

Lui, a étudié les mots pendant qu'il était sous les verrous. Les échanges de lettres se font, il s'ouvre sur son histoire familiale. Parfois, ses lettres se font attendre, il ne répond pas à Isabel avant plusieurs semaines. Parfois, ses lettres sont blessantes, abruptes. Mais Violette prend tout, elle les lit une à une. Une correspondance toujours présente au fil des semaines, des mois. 

Jusqu'à ce qu'un jour, il faille briser le silence. 

C'était au début "un échange qui n'engage à rien". Isabel et Louis n'imaginent pas que le moindre échange qu'il soit écrit ou dit vaut pour paroles. Et ils ne connaissent pas encore le pouvoir libérateur de la parole. 
La parole peut parfois libérer des chaînes qui nous emprisonnent.

Le parloir est une belle découverte et ce roman a su me surprendre. Il y est question de correspondance tout d'abord, puis de rencontres, un face à face dans un parloir. Et dans ce face à face se confrontent deux mondes en demande de liberté.

Ce roman est empli de poésie, de sensibilité. Un roman profond que j'ai pris plaisir à lire avec cet échange de paroles (écrites ou dites) parfois de façon abrupt, sèche, blessante aussi, mais toujours libératrice. Mais justement, parfois il faut peut-être en passer par là pour qu'elle soit libératrice cette parole. Ici, un échange entre cet homme enfermé entre quatre murs et cette femme enfermée elle aussi mais dans ses pensées et son mal-être. Les silences peuvent être aussi libérateur, on comprend leur signification. 

Chacun en quête d'une certaine liberté. La notion de liberté est ici présentée dans tous les sens du terme.

Le récit alterne entre échanges de lettres, visites au parloir, souvenirs d'Isabel...

L'écriture est belle, c'est touchant et magnifiquement écrit, sur une femme en quête de soi et un homme en quête de rédemption. 

Un récit très humain.




mardi 21 avril 2026

La femme au carnet rouge

 




Laurent Letellier est libraire à Paris.

Lorsqu'un matin il ouvre sa librairie, il découvre dans la rue un sac à main abandonné. Mauve. 

Il va tout d'abord au commissariat pour le rapporter, mais personne n'est libre pour le recevoir et le renseigner. Lasse d'attendre, il repart avec le sac. Quelques jours passent, le sac est toujours posé dans un coin de l'appartement de Laurent. Curieux, il va commettre un acte interdit, une transgression : fouiller un sac de femme. Jusque là il n'avait glissé la main dans un sac à main qu'avec autorisation en bonne et due forme de sa propriétaire.

Il en fait l'inventaire et découvre, faute de papiers d'identité, une foule d'objets personnels. Le sac exhala une odeur de cuivre chaud et de parfum féminin qui plût à Laurent. Le 1er objet qu'il découvre est un flacon de parfum, Habanita de Molinard. Puis un trousseau de clés avec une plaquette en hiéroglyphes, un stylo Montblanc, un roman de Patrick Modiano, et un carnet rouge rempli de notes. 

Désireux de retrouver la propriétaire du sac, Laurent s'improvise alors détective. A mesure qu'il déchiffre les pages du carnet, les pensées intimes de l'inconnue, le jeu de piste devient peu à peu une quête romantique envers une inconnue...
Quant un libraire part en quête amoureuse...

Je me suis plue dans ce jeu de piste qui devient peu à peu une quête amoureuse, et ce qui m'a plu ce sont tous ces petits signes de la vie auxquels il faut prêter attention. Ce roman nous le remémore car on a tendance à oublier de prendre le temps pour observer ces petits moments et petits signes. 

Un roman qui explore le hasard de la vie. Qu'auriez-vous fait vous, en trouvant un sac à main dans la rue ? 

Le protagoniste de l'histoire en vient la curiosité de ce bien trouvé dans la rue. Est-on curieux de nature ? 

Le roman est une ode au hasard de la vie et ce qu'il peut apporter parfois. Le roman rend hommage aussi aux mots des auteurs, à la littérature. C'est un roman léger mais qui fait réfléchir et on se laisse  porter avec plaisir à travers cette quête. 

L'ambiance parisienne y est très agréable. J'ai trouvé le roman plein de charme, chaleureux, ça ne manque pas d'humour et on s'attache aux personnages. 

La quête de ce libraire pour retrouver cette inconnue propriétaire du sac à main, le porte ça et là à travers les objets trouvés dans le sac. Un simple objet le fait réfléchir, l'émeut parfois, ne serait-ce que ce parfum... 

Peut-on tomber amoureux d'une personne que l'on ne connaît pas à travers des objets lui appartenant ? 

Tout simplement un roman qui fait du bien.

 

vendredi 17 avril 2026

La Venise des louves

 




La lagune de Venise était un bel endroit, avant qu'elle ne soit ravagée par des attentats surréalistes et avant que l'une de ses îles ne soit brusquement coupée des autres. On la surnomme "l'île noire", d'où viennent de mystérieux gondoliers. Ils sillonnent les canaux, exigeant des impôts exorbitants, et si les habitants ne s'y soumettent pas, un attentat ravage alors leurs quartiers de bombes surréalistes qui déforment, dispersent, désagrègent ou bien effacent leurs victimes. 

Parmi les quelques rescapés d'un attentat, Renzo. Un pianiste qui a vu son bras effacé. Autour de lui, il a rassemblé 4 femmes, toutes victimes de la bombe. A eux cinq, ils forment une meute, cachés sous des masques de loup. 

Un seul objectif : accoster sur l'île noire en quête de vengeance, mais aussi comprendre pourquoi tout cela se produit. 
Mitigée...

Une BD aperçue dans les rayonnages de ma bibliothèques, un fantasy avec pour toile de fond Venise. Hop, j'embarque la BD avec moi.

Le décor fantasy de Venise m'a tout d'abord attirée dans le choix de ma lecture de cette BD. Une Venise représentée meurtrie par des attentats, une Venise à la fois bien réaliste et à la fois ornée de détails fantasy dans les dessins de planche. Illustrations bien travaillées au niveau des costumes également. Une belle inventivité. 

Une ambiance assez riche mais plus j'avançais dans l'histoire plus je trouvais l'intrigue un peu légère jusqu'au dénouement où je me suis dis : tout ça pour ça...quel dommage. 

J'aurais eu envie de plus de choses dans ce dénouement, et puis je l'ai trouvé bien trop simple et trop enfantin alors que l'histoire démarrait plutôt bien et dans une ambiance assez sombre à l'inverse de ce final. Un final enfantin et pourtant la BD est une BD adulte avec des scènes de la meute de loup parfois dénudées, je tiens à préciser, il s'agit là d'une BD adulte. Mais ce dénouement...on a l'impression d'avoir justement changé de BD en cours de route et d'être passé à une BD jeunesse... Je n'ai pas compris. 

Dommage pour ce final, après je ne peux pas dire non plus que la BD dans son entièreté m'ait déplu. L'intrigue est bonne avec des sujets d'actualités disséminés dans ce fantasy. Les illustrations sont pleine de créativité et ça apporte beaucoup à cette BD. 

Un moment agréable mais un final que je n'ai pas trouvé en adéquation avec le reste de l'intrigue.


mercredi 15 avril 2026

Và où la rivière te porte

 




Années 40, dans les étendues sauvages du Colorado, petite ville d'Iola. 

Victoria Nash est une jeune femme de 17 ans. Elle gère tout avec brio, elle fait à manger, gère les quelques bêtes de la ferme, et s'occupe du verger de pêches de son père. Les pêches Nash sont d'ailleurs réputées et on vient de loin en acheter. 

Torie, comme son père la nomme, a perdu sa mère jeune et n'a aucune tête féminine qui a pu l'aider à se construire en tant que femme, pas de mère pour l'aider à faire la transition entre fille et jeune femme. Alors, elle s'est toujours débrouiller toute seule, entourée d'hommes : entre son père colérique et un frère violent, Seth. 

Lorsqu'un jour, elle rencontre Wilson Moo, un vagabond venant d'arriver en ville, Victoria se sent attirée par cet homme et ne peut expliquer les émotions qu'elle ressent envers lui. Une relation qui va devoir restée secrète, marquée par des défis, dont celui des préjugés raciaux de la communauté. Wilson est un indien au passé mystérieux. 

L'étincelle entre eux va déclencher autant de passion que de malheurs. Dans cette ville entre montagnes et rivière, Victoria va devoir affronter le passage à l'âge adulte seule, faire face aux changements de son temps tout en sauvant sa propre vie et celle de son si cher verger de pêches. Elle découvrira un amour interdit, mais aussi la perte...

Enorme coup de coeur pour ce roman de toute beauté. 

Je l'ai refermé en me disant que les protagonistes et les lieux allaient me manquer. 

Que d'intensité ressentie à la lecture de ce roman ! Magnifique roman initiatique, historique aussi. L'écriture est belle, profondément émotionnelle et surtout immersive. Les personnages ainsi que les faits qui se produisent semblent réels. Idem pour les lieux. Des descriptions magnifiques sur cette nature qui nous parle, qui prend place tel un personnage à part entière dans ce récit. Des citations à extraire de cette terre, de cette eau. 

Extrait : 
"La force, avais-je appris, était pareille au sol de cette forêt, faite de petits triomphes et d'erreurs innombrables, d'heures de soleil suivies de soudaines tempêtes qui ravageaient tout. Nous sommes tous semblables, ne serait-ce que parce que nous partageons cette même belle et douloureuse manière de croître, une étape après l'autre, en tombant, en repoussant les débris pour nous relever, sans jamais perdre espoir."


L'histoire...est de toute beauté. Une histoire déchirante, puissante. Les thèmes sont forts : les luttes de la femme dans un monde hostile et patriarcal, l'amour, la résilience, le passage à l'âge adulte, le racisme. Tant de messages intenses et toujours d'actualité. 

Victoria est un personnage extrêmement touchant, elle devra se battre, apprendre à survivre grâce à la nature. 

Le roman est marquant, il ne me quittera pas de sitôt. 

Si vous ne l'avez pas encore lu, je ne peux que vous le conseiller. 

lundi 13 avril 2026

Grossir le ciel

 



Les Doges. Un lieu-dit au fin fond des Cévennes. Ici, habite Gus, un paysan entre deux âges, solitaire et taiseux. Eleveur solitaire accompagné de son chien, Mars. La ferme est entourée de grands espaces. Les journées de Gus sont rythmées au gré de la météo : les champs, les vaches, le bois, les réparations. 

C'est aussi le quotidien d'Abel, le plus proche voisin de Gus, dont la ferme est éloignée de quelques centaines de mètres. Ils se rendent parfois service, sont devenus amis par défaut en mêlant leur solitude et leurs envies simples de boire quelques verres de vin. Cela s'arrête à ça. 

Un jour, l'abbé Pierre disparaît, tout bascule depuis ce jour. Abel change et des événements inhabituels se produisent, tout comme des visites inopportunes qui se répètent. Personne n'avais mis les pieds dans le hameau avant pourtant...
Drame en campagne. 

Je ne me lasse pas des mots de Franck Bouysse. Des mots magnifiques qui nous plongent à chaque fois dans un rural noir où les moments forts sont présents du début jusqu'à la fin du roman. 

La rudesse de la campagne, la profondeur des personnages. Franck Bouysse nous offre un suspense rural noir bouleversant. De l'auteur, j'ai lu Buveurs de vent et L'homme peuplé. A chaque fois, je me suis laissée prendre par une magnifique plume qui, à la fois, nous conte une nature sauvage rude avec des territoires isolés et une vie solitaire et difficile de la campagne profonde, à la fois nous offre des personnages bouleversants et une histoire profonde. Des dialogues saisissants aussi. 

L'auteur met bien sûr en lumière la vie des paysans, leur solitude aussi. L'écriture est comme d'habitude magnifique. 

Le final est remarquable et saisissant, il vous prend par surprise. 

Et comme dans chacun des romans de l'auteur, on retrouve ici une ambiance si particulière. 

A nouveau charmée par la plume de Franck Bouysse, ne passez pas à côté de ce huis clos rural percutant.


De l'auteur : 
L'homme peuplé : ICI
Buveurs de vent : ICI 


jeudi 9 avril 2026

Tuez-le si vous voulez

 




1988. Machéronte-le-Château, l'un des plus beaux villages perchés de l'hexagone. Petit village au coeur de la Drôme où semble régner une vie paisible, où tout le monde se connaît. 

Lorsque le fils du maire tombe amoureux de la jolie Lucile, tout le monde sait la colère du père à l'encontre de cette idylle. Pour Monsieur le maire, riche industriel, il est hors de question que son fils épouse une fille de rien. Même si elle est enceinte. 

Mais quand Lucile, 20 ans, est retrouvée morte dans les bois, le principal suspect n'est autre que Jean-Baptiste Combe, maire du village et homme respecté de tous. Les soupçons se portent sur lui mais sans résultat probant. De nombreux villageois soupçonnent son implication dans cette mort, mais l'homme d'affaires parvient à soudoyer des témoins et les soupçons se meurent... La police ne tient aucun élément concluant. Une mort jamais élucidée, et elle est toujours restée en travers de la gorge du père de la victime, Bernard Salomé.

2011, 23 ans plus tard, Jean-Baptiste Combe est toujours maire du village. 

Le désir de vengeance du père de Lucile est toujours présent lui aussi. Depuis tant d'années. Lorsqu'il remporte le pactole à l'Euromillions, jouant la date de naissance de sa fille, il voit les 150 millions de gains comme étant une opportunité pour réaliser ses rêves, vengeance en tête. 
Un seul rêve : se venger !

Un roman à suspense que j'avais trouvé en boîte à livres, une autrice que je ne connaissais pas, et j'ai pu apprécier cette lecture.

Il m'a fallu un peu de temps pour bien assimiler chaque protagoniste car ils sont nombreux au début mais on retrouve ensuite ces mêmes personnages, habitants de ce joli village perché dans la Drôme. 

L'intrigue est prenante. Ici il n'est pas question de découvrir qui est le tueur puisqu'on le connaît dès les premiers instants lecture. Non, ici, tout tourne autour du mot VENGEANCE, et tout ce que ce mot peut entraîner et faire faire. 

On explore donc ici les complexités de l'humain, les motivations de chacun pour arriver à leur but, mais aussi les conséquences que cela peut avoir.

Des personnages bien construits, mais parfois caricaturés aussi il faut l'avouer. Et dans la description de certains personnages, le style de l'autrice pour ces descriptions m'a quelque peu agacée car les descriptions des personnages féminins sont peu reluisantes.

Malgré ce bémol, j'ai trouvé l'intrigue autour de cette vengeance intéressante. Autour de la vengeance mais aussi autour de l'abus de pouvoir et ce que l'on est prêt à faire avec de l'argent. Mais aussi en sens inverse ce que l'humain peut être prêt à faire pour de l'argent...
Le roman est un joli pavé de plus de 600 pages mais à aucun moment j'ai trouvé le temps long, l'intrigue a su prendre de l'ampleur tout au long du roman. 

Un bon roman à suspense autour de la vengeance. 


mardi 7 avril 2026

La ferme du bout du monde

 


L'histoire commence en 1939, où Will et Alice, frère et soeur, sont évacués vers une ferme dans le nord de la Cornouailles auprès de Maggie, la fille du fermier. Ici, ils vont vivre une enfance protégée des ravages de la guerre, au milieu des champs d'orge et d'un ciel qui s'étend à l'infini. 
Jusqu'à l'été 1943, qui bouleverse leur destin. Un fait se produit, il aura des conséquences tragiques sur leur destin. 

Eté 2014, 70 ans plus tard, Lucy la petite fille de Maggie s'enfuit de son domicile londonien après avoir compris être trompée par son mari. Elle rejoint la ferme de sa grand-mère en Cornouailles, cherchant un endroit pour guérir. Mais rien ne l'a préparée à ce qu'elle va y découvrir. Elle n'est pas revenu ici depuis des années et découvre une ferme au bord de la faillite. 

Lucy peut-elle se reconstruire elle ainsi que la ferme familiale ? Et surtout, peut-on tout réparer 70 ans plus tard ? 

Magnifique roman. 

Deux étés, 1943, 2014, séparés un drame inavouable. Une saga familiale qui tisse la toile de trois générations d'une famille vivant dans une ferme isolée en Cornouailles. J'ai adoré le mélange des 2 époques, alternant le passé et le présent pour bien comprendre le destin de cette famille. 

Un roman sur l'identité, l'appartenance familiale. Il met en avant les regrets, la culpabilité, la pénitence. Des mensonges qui ont eu une fatalité sur la famille. De sombres secrets qui font encore mal 70 ans après. 

L'histoire met en avant les magnifiques paysages cornouaillais.

J'ai trouvé la lecture captivante et je suis très preneuse d'histoires de familles. J'ai savouré chaque moment de vie des membres de cette famille. Leurs difficultés, leurs failles, leurs émotions. L'autrice montre aussi la vie difficile à la ferme, tant dans les années 40 qu'en 2014 où la ferme familiale est au bord de la faillite. Une lutte quotidienne pour la maintenir à flot, pouvant même provoquer des ravages au sein même de la famille. 

Roman multigénérationnel que j'ai beaucoup aimé, tant sur les personnages que sur l'histoire familiale, et cette merveilleuse région cornouaillaise.