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mardi 25 août 2026

Bonne nuit mon ange

 




Sam Statler et Annie Potter sont jeunes mariés. Ils sont ravis de quitter New York et de commencer une vie paisible en s'installant dans la petite ville où Sam a grandi. Annie passe la plupart de ses journées seule à ne rien faire, tandis que Sam, psychothérapeute, travaille de longues journées à recevoir des patients dans son cabinet installé au rez-de-chaussée de la maison. Parmi sa clientèle, beaucoup sont des femmes. Son installation dans la petite ville a fait du bruit et le sex-appeal de Sam a fait que la gente féminine s'est précipitée pour obtenir un créneau avec la lui et, ainsi, faire partie de sa clientèle. 

Ce que Sam ignore depuis son installation, c'est qu'une bouche d'aération au plafond permet d'entendre tout ce qui se dit dans son cabinet : la femme du pharmacien qui aimerait divorcer, la peintre renommée qui n'est pas satisfaite au lit...

Qui pourrait résister à l'écoute de tout ce qui se dit dans le Cabinet d'un psychologue ? 

Mais un jour, coïncidant avec l'arrivée d'une nouvelle et mystérieuse patiente française arrivant toujours au volant de sa mini Cooper, Sam disparaît. La journée terminé, il n'est pas rentré. 

La vie d'Annie s'écroule. Pourquoi n'est-il pas rentré le soir après s ajournée de travail ? Est-il parti avec une femme ? A-t-il entendu quelque chose qu'il n'aurait pas dû entendre de l'un des patients reçus ? 

Machiavélique.

Avec ce thriller, je découvre la plume d'Aimée Molloy et j'ai passé un très bon moment lecture où le suspense est monté crescendo tout au long de l'intrigue.

J'ai tout de suite aimé le pitch : un psy recueille les secrets de ses patients. Mais il n'est pas le seul à écouter... 

Pourquoi machiavélique ? Car on a en mains une intrigue habilement construite avec une chronologie adéquate à l'intrigue. L'autrice est douée pour nous surprendre au cours de l'histoire et douée pour que notre esprit parte en supposition sur telle ou telle personne ou tel ou tel fait. Et bam, on s'est trompé et on est surpris par de nouvelles révélations. J'adore ! Les rebondissements sont bien là et j'ai aimé me faire surprendre, l'autrice joue avec le lecteur. 
Machiavélique également dans cette intrigue psychologique redoutable. Je ne dirais qu'un mot sur l'intrigue, un mot qui en ressort : l'obsession...

Le rythme est bien présent, la narration est géniale et on y retrouve un certain humour aussi, très bon jeu sur les rebondissements.

Je ne peux que vous conseiller cette découverte. 
Très envie de découvrir d'autres thriller de l'autrice. 

mercredi 26 novembre 2025

Les sirènes

 


2019, Lucy vient de vivre une nuit cauchemardesque. Elle vient de se réveiller au beau milieu de la nuit à la suite d'une crise de somnambulisme qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques. Horrifiée par ce qui vient de se produire, elle s'enfuit en laissant tout derrière elle, y compris l'université, et part se réfugier auprès de la seule personne qui sera capable de la comprendre : sa soeur. 
Une soeur qu'elle n'a pas vu depuis longtemps, depuis que celle-ci a déménagé sur la côté de la Nouvelle Galle du Sud. 
Lorsque Lucy arrive chez sa soeur, elle n'avait encore jamais vu sa maison. Elle trouve une maison délabrée, perchée en bord de falaise et affrontant le vent et les vagues. Elle n'y trouve pas sa soeur, et personne ne sait où elle se trouve. Où est Jess ? 

Lucy attend son retour et cherche à comprendre. Elle commence à déterrer d'étranges rumeurs et légendes sur la ville côtière où vit sa soeur. Des récits concernant des hommes disparus dans des circonstances bien mystérieuses, et d'un bébé abandonné retrouvé dans une grotte balayée par la mer. 
Et surtout, Lucy commence à entendre des voix de femmes murmurés sur les vagues de l'océan. 

L'histoire de deux soeurs, en 1800, Mary et Eliza, dans un monde où les hommes étaient maîtres. Elles ont été arrachées à leur foyer et forcée de monter à bord d'un navire de bagnards depuis l'Irlande vers l'Australie. Sur le bateau, les deux soeurs remarquent des changements inexplicables de leur corps...

La magie de la mer.

Il me tardait de découvrir ce roman d'Emilia Hart, après avoir eu un coup de coeur pour son autre roman lu l'année dernière : La maison aux sortilèges. 

Cette fois-ci on part côtoyer la magie des océans.

Et je me suis totalement laissé embarquer dans cette histoire de femmes, fascinée par le mythe des sirènes. L'intrigue est bien menée et tient en haleine entre ce mélange de fantastique, historique, et à la fois contemporain aussi. 

On retrouve deux chronologies, 2019 où Lucy souhaite rejoindre sa soeur qu'elle n'a pas vu depuis longtemps maintenant. Une soeur disparu des lieux où elle réside. Une intrigue pour nous aussi lecteur puisque Lucy va partir à la recherche de sa soeur. Autre intrigue qui se met en place, des rumeurs autour de cette ville côtière, des hommes disparus et un bébé peut-être né dans une grotte bordé par les eaux.
Une chronologie en 1800, où Mary et Eliza, ont été forcées de monter à bord d'un navire de bagnards envoyés depuis l'Irlande jusqu'en Australie pour y être soit vendues ou emprisonnées. 

Dans ces intrigues sur deux chronologies, on retrouve des liens de sororité et une profonde résilience autour de ces femmes. Des femmes prêtes à traverser et affronter des combats. L'intrigue mêle parfaitement les deux chronologies et les différentes histoires au coeur de cette intrigue, le dévoilement des secrets se fait progressivement et c'est idéal pour tenir le lecteur en haleine.

Les sujets sont forts et sensibles. Je ne peux, bien évidemment, rien dévoiler de plus.

Il y a une atmosphère captivante, si particulière, autour de la mer. Elle est remarquable grâce à la plume immersive de l'autrice.

J'ai été happée tout de suite par l'histoire et cela jusqu'au dénouement.

L'autrice a su une fois de plus me transporter dans un univers incroyable avec une histoire captivante mi fantastique mi historique, tout en étant contemporaine.

Ne passez pas à côté du chant des sirènes.

 

jeudi 22 août 2019

Après la fête




Auteur : Lola Nicolle

Editeur : Les Escales
Collection : Domaine français
Romans - Avenir - Passage à l'âge adulte - Paris - Emploi - Social - Amitié - Amour - Littérature française
Pages : 160
Parution : 22 Août 2019








Synopsis



Ils se sont connus à l'université et aiment se retrouver. Le temps est aux discussions intenses et à la fête. Jusqu'au jour où, insidieusement, ils arrivent à ce moment de transition, de bascule entre les études et le monde du travail. De rupture aussi. 
Après la fête saisit cet instant, celui de la fin de l'insouciance, quand les amis s'éloignent et que les premiers amours se tarissent. Même celles de Raphaëlle et Antoine. 
Tous deux habitent le quartier de Château-rouge, à Paris. Elle est issue de la petite bourgeoisie, lui vient de la cité. Elle trouve rapidement du travail quand le chemin se fait pour lui plus épineux... Et la réalité se rappelle soudain à eux. 
Comment faire alors pour que la vie, toujours, reste une fête ?

D'une écriture poétique, Lola Nicolle prend le pouls d'une époque, d'un âge aussi et livre un texte fort, générationnel. La grâce de l'amitié n'est jamais loin, celle des livres non plus.
Dans le Paris d'aujourd'hui, Raphaëlle et Antoine s'aiment, se séparent, se retrouvent. Ils ne font que courir entre l'université et leurs lieux de stage. Raphaëlle, Antoine, et leur groupe d'amis travaillent le soir, après le boulot, travaillent le week-end, et passent une bonne partie de leur temps dans le métro. Le nez dans les projets, leurs mémoires, et surtout inquiétés par l'après.... Ils ne parlaient que de ça d'ailleurs. 

Raphaëlle a tout au long de ses études entendu qu'il n'y aurait pas de travail. Que le secteur était en crise, que les ventes chutaient, que les librairies fermaient. Car oui, le cursus universitaire qu'a emprunté Raphaëlle est un cursus littéraire. 
Ceux qui leur disaient cela pensaient qu'ils poursuivaient leurs études dans un geste un peu désespéré. Mais leur prime jeunesse et une insatiable passion les poussaient à continuer, portés par la certitude qu'un jour, ils accéderaient à ce qui les animait. 

L'inquiétude du lendemain était alors balayée... 

Le petit groupe d'amis de Raphaëlle et Antoine organise des fêtes, beaucoup trop grandes pour leurs petits appartements. Heureux de se retrouver, de lâcher prise... Souvent, ils écoutent des musiques des années 80-90, une époque qui leur semblait joyeuse et innocente. On porte des Stan Smith, on achète des vinyles, on écoute France Gall. Tout ça a un côté rassurant. Car si l'avenir ne semblait rien vouloir promettre, le refuge du passé les accueillait à bras ouverts. Dans cette époque incertaine, ils dansaient, ivres et élégants et vivaient dans une grande fuite en arrière. 

Mais bientôt les mémoires seront rédigés...et ils ne vont pas tarder à emprunter le pont pour traverser, se retrouver dans un monde d'adultes, plein de responsabilités et l'espérance de grands projets. Ils en attendent tant...chacun à leur façon, passionnés par ce qu'ils font. 

Et entre deux projets et au fil des mois, entre Raphaëlle et Antoine, c'est toujours on s'aime, on se sépare, on se retrouve...

Alors après les dernières fêtes de l'été, leur prime jeunesse commence sa dérive. Septembre arrive. Et d'un grand coup sec dépèce leurs illusions. C'est leur première rentrée sans scolarité et les ruptures sont juste là...sous leurs yeux. 
Espoirs et ambitions...

Très belle découverte avec ce premier roman de grande qualité de Lola Nicolle. Une histoire de ruptures, celles qui font basculer dans l'âge adulte. Que ce soit des ruptures sentimentales, c'est le cas entre l'héroïne et narratrice, Raphaëlle, et Antoine. Et puis une rupture sociale et existentielle, le passage de la prime jeunesse à l'entrée dans le monde du travail, et une réalité qui vient étouffer nos rêves et aspirations de jeunesse. 

Des thèmes sociaux forts et qui parleront à tous. Les désillusions sont là, à porter de mains, entre le métier que l'on a rêvé et le quotidien proposé sur le marché du travail... 

Une histoire d'amitié également.

Des fêtes sur fond sonore de rap ou de France Gall pour lâcher prise, mais des fêtes qui se terminent toujours... Alors comment faire pour que la vie, elle, reste une fête ? 

Un roman parlant, générationnel. Un Paris populaire, une traversée des quartiers à travers les mots de Lola Nicolle qui nous transporte totalement dans les lieux. 

Lola Nicolle cartographie la ville, trouve les mots justes avec poésie pour parler d'une génération, d'une époque, mais aussi des marqueurs sociaux qui nous divisent. 

J'ai aimé le style de l'auteure. L'auteure a choisi Raphaëlle comme narratrice, on sent quelques accents féministes. Un roman court mais intense.

Ce roman fait partie de la rentrée littéraire 2019, et franchement Lola Nicolle est une auteure à suivre car ce premier roman est d'une grande qualité sur bien des points.

Une plume délicate et sensible pour dépeindre une époque 
et les désillusions d'une jeunesse éprise d'une insatiable passion.


vendredi 7 juin 2019

Le bruissement des feuilles



[...] Miki adorait les arbres et les oiseaux mais, ce qu'elle préférait le plus au monde était invisible : c'était ce qu'elle ressentait dans la forêt. L'odeur du bush après la pluie. Le craquement de l'écorce. Le grincement des branches. L'impression de quiétude et d'intemporalité, la croissance et le renouveau. L'aura des arbres. Le sentiment que tout est connecté. A sa place. Elle aurait pu rester là toute la journée, à respirer en rythme avec l'arbre, à inspirer la vie qu'il insufflait.


@She reads a book - Photo non libre de droit





Auteur : Karen Viggers
Traducteur : Aude Carlier

Titre original : The Orchardist's Daughter

Editeur : Les Escales
Romans - Australie - Tasmanie - Nature - Environnement - Ecologie - Faune - Flore - Violences morales - Famille - Amitié 
Pages : 432
Parution : 11 avril 2019
Merci à l'Agence Anne et Arnaud pour cette lecture






Synopsis : 

Miki, dix-sept ans, vit coupée du monde depuis l'incendie qui a coûté la vie à ses parents. Sous le joug de son frère Kurt, un chrétien fondamentaliste, elle travaille comme serveuse dans leur restaurant et le soir, se rêve en héroïne de romans. Lors d'une escapade secrète en forêt, elle fait la rencontre de Leon, un garde forestier tout juste installé en Tasmanie. Les deux jeunes gens se donnent alors une mission extraordinaire : sauver les diables de Tasmanie de l'extinction. 
Au cœur de paysages somptueux, le combat inoubliable d'une jeune fille pour protéger la nature et se sauver elle-même. 
Karen Viggers revient avec un grand roman, véritable hommage aux beautés naturelles de l'Australie, et nous livre une formidable histoire d'amitié et de solidarité. 




Depuis toute petite, Miki a toujours travaillé. A la ferme, avec sa mère, elle se partageait les tâches ménagères. Elle a toujours vécu recluse, dans cette petite ville de Tasmanie, dans une ferme éloignée. Elle n'a jamais été à l'école en raison de certaines croyances de ses parents, ses leçons étant données à la ferme par sa mère. Un isolement pesant pour Miki, mais malgré une certaine souffrance, elle n'a jamais manqué de rien. Elle a travaillé dur tout le temps entre ses leçons et les tâches ménagères. A l'époque, elle ne vivait que pour les dimanches car ce jour là, après les besognes, elle troquait sa jupe pour une salopette et filait en forêt, toujours accompagnée de son frère. En forêt, elle éprouvait à chaque fois un sentiment de légèreté, de bonheur. Elle adorait écouter le bruissement des feuilles, le grincement du bois, le murmure du vent dans la canopée, le craquement des brindilles sous ses pieds, l'odeur mentholée des buissons. Alors, la semaine de travail difficile s'effaçait et les règles sévères de son père disparaissait.

Un événement inattendu va briser le quotidien de Miki et sa famille.

A presque 18 ans maintenant, elle vit avec son frère Kurt au cœur même du village où ils ont grandi. Ils ont un modeste commerce, un snack restaurant et vente de bonbons et souvenirs. Mais Miki vit tout autant recluse qu'à la ferme. Elle aspirait à davantage de responsabilités, de libertés, seulement Kurt a construit un échafaudage de règles à respecter autour d'elle. Elle doit en effet limiter au maximum les échanges avec les clients, éviter de les regarder dans les yeux, et garder la tête basse sans cesser de travailler. Kurt s'assurait qu'elle soit toujours occupée, si bien qu'elle ne pouvait souffler que lorsqu’il quittait la pièce. Avec ses dix ans de plus qu'elle, il était son tuteur, et c'était lui qui commandait.

La plupart du temps, travailler au restaurant ne dérange pas Miki, elle avait appris à accepter ses conditions de vie. Mais en règle générale, elle se sent beaucoup trop confinée, en manque d'air et de lumière. Oui, car Miki n'a pas le droit de sortir du commerce où elle travaille et vit avec son frère. Kurt l'enferme à double tour lorsqu'il doit quitter les lieux. Elle n'a le droit de sortir que lorsque son frère l'emmène avec lui, le lundi jour de repos, pour l'accompagner en forêt où il relève leurs ruches et part chasser. Ces lundis-là, Miki est aux anges, enfin elle peut respirer l'air pur et voir la forêt qu'elle aime tant et entendre le bruissement des feuilles.

Lorsqu'ils arrivent en forêt, son frère la laisse toujours seule à côté du 4x4. Il lui ordonne de ne pas s'éloigner, de ne pas le suivre non plus, partant seul avec son fusil. Miki est endoctrinée par son frère, elle doit suivre continuellement ses consignes de vie, et ne cherche pas à en déroger de peur des réactions de Kurt.

Même lire, Kurt lui interdit de le faire. Mais Miki a réussi à sauver et cacher 3 livres qui appartenaient à sa mère. Il n'a jamais su que Miki les avaient avec elle. Trois romans qu'elle adore, avec des héroïnes différentes. Elle les aimait chacune à leur façon et enviait leur vie fascinante. Admirait l'intégrité de Jane Eyre, la douceur de Tess, la passion de Cathy pour la lande des Hauts de Hurlevent. Elle enviait à Jane Eyre sa liberté d'aller à l'école et sa carrière de professeure. Elle aspirait, comme ses héroïnes, à voir le monde, rencontrer des gens, connaître l'amour... et ne plus devoir faire attention à sa façon d'agir auprès de Kurt. Si Kurt pouvait la maintenir enfermée à la boutique la majeure partie du temps, il ne pouvait pas contrôler où son esprit allait se perdre.

Lorsque Miki va rencontrer Léon, le nouveau garde forestier qui vient de s'installer, certaines choses vont commencer à changer pour elle. Une rencontre qu'elle va devoir garder secrète à son frère, il ne doit jamais découvrir son amitié avec Léon et son combat pour la sauvegarde des diables de Tasmanie. 

Léon est issu d'une famille de bûcherons, et il n'est pas le bienvenu dans cette petite bourgade de Tasmanie. Son métier de garde forestier ne plaît pas, et il est vite pris en grippe. Ici, il y a plus de bûcherons qui coupent les arbres à la machine, voir au bulldozer. On ne s'inquiète pas de savoir non plus si tel ou tel arbre est millénaire. On coupe. Alors le poste de garde forestier qu'occupe Léon n'est pas le bienvenu. Il va devoir essuyer coups de crasse sur coups de crasse, pourtant il ne lésine pas sur les efforts pour se faire accepter. Il n'y a que le fils des voisins, Max, qui apprécie Léon dès son arrivée. Max a 10 ans, et se lie rapidement d'amitié avec Léon, très certainement une figure fraternelle sympathique pour Max toujours enguirlandé et rabaissé par son père. Un p'tit gars que Léon apprécie, il aime sa franchise, son innocence d'enfant, sa bienveillance envers les animaux. Mais Léon va vite s’apercevoir que quelque chose cloche avec Max car son comportement va vite changer.,,

Miki, tout comme Léon, ne se sent bien qu'en forêt, entendre les oiseaux, ressentir les odeurs du bush après la pluie, le craquement de l'écorce, l'impression de quiétude... l'aura des arbres. Miki, Léon, pouvaient rester en pleine nature pendant des heures. Ils vont se découvrir par hasard un autre point commun, la défense des diables de Tasmanie en voie d'extinction.

Kurt est trop souvent furtif sur ce qu'il fait. Miki n'a le droit de ne rien s'avoir sur les faits et gestes de son frère. Elle n'a pas le droit de savoir pourquoi il s'absente tous les lundis soirs pour ne revenir que le lendemain par exemple. Elle n'a pas l'accès autorisé à certaines pièces de leur logement, fermées à double tour par son frère. Elle n'a pas le droit non plus de savoir ce qu'il cache dans la pochette en cuir noir qui appartenait à leur père et que Kurt garde toujours sur lui. Elle n'a pas le droit non plus de savoir pourquoi ils ne voyaient ni amis ni membres de la famille et cela depuis leur enfance à la ferme. N'ont-ils jamais eu d'oncles, de tantes, de parents éloignés ? Et pourquoi n'a t-elle pas le droit de sortir toute seule ? Et d'ici combien de temps auront-ils assez d'argent pour acheter leur propre ferme comme lui a tant fait espérer Kurt ? Tant de questions qui la ronge.
Les points communs avec Léon vont faire connaître à Miki des nouveaux événements. Mais elle va devoir batailler pour découvrir les aspects cachés de la vie de son frère et batailler pour s'ouvrir à elle-même, et ne plus laisser son esprit cloîtré tout autant que l'est son corps...
Quelle histoire merveilleuse, touchante !

Ce dernier roman de la talentueuse auteure australienne est un bel hommage à la faune et la flore de la Tasmanie. L'environnement, les forêts anciennes, la faune australienne prennent une part importante au roman. Je me suis sentie dépaysée d'ailleurs lors de ces moments passés avec les personnages dans ces forêts de Tasmanie, et dans ce combat pour la sauvegarde des diables de Tasmanie. C'est aussi une histoire d'appartenance d'australiens qui se battent pour la survie de leur faune et de leur flore, de leur histoire en quelque sorte. Ce livre m'a happée du début à la fin et a réussi à me fasciner sur bien des points.

D'ailleurs, points importants et qui apportent beaucoup au roman, Karen Viggers aborde différents aspects de débats sur les exploitations forestières, la déforestation de forêts australiennes par des machines destructrices. Mais aussi, à l'inverse, aborde la conservation d'arbres millénaires à garder et à promouvoir pour se souvenir et garder intacte l'histoire de la Tasmanie. Elle aborde également le problème de la sauvegarde des diables de Tasmanie atteints d'une maladie les tuant petits à petits car transmissible entre eux. On sent qu'elle a mené en profondeur ses recherches pour fournir les sujets qui sont abordés dans son roman, et qui, on le ressent, lui tiennent à coeur. Des recherches abouties au vu des larges explications romancées. Elle nous fait ressentir tout son amour pour la Tasmanie, pour les forêts et la faune endémique de la région, et aborde les problèmes sur l'exploitation forestière et ses techniques de déboisage, ainsi que la préservation de l'environnement. C'est extrêmement bien mené et intéressant pour le lecteur car elle apporte différents points de vue entres les communautés qui voient d'un regard divergeant les problématiques.

Autre point abordé par l'auteure et très approfondi ici aussi, les violences domestiques et surtout psychologiques d'un frère envers sa soeur. Un frère qui joue énormément sur l'intimidation et la soumission, qui maintient enfermée sa soeur. Jeune femme, encore dans l'adolescence, mais contrainte au silence et aux règles imposées par son frère. Ses seules évasions se font les lundis, seul jour de la semaine où elle a le droit de sortie, toujours accompagnée par son frère, mais au moins droit de pouvoir respirer l'air pur. Une évasion qu'elle apprécie grandement, au coeur de la forêt, lieu le plus cher à son coeur. Entendre les arbres, sentir leur aura, est son seul plaisir. 
Non, elle a un deuxième plaisir caché, celui de s'évader grâce aux livres. Elle n'en possède que trois pourtant, ceux qu'elle a caché pour ne pas que son frère les lui retire. Karen Viggers a en effet alimenté le quotidien de Miki grâce à des romans classiques, avec un choix d'héroïnes qui embarquent Miki dans des envies et plaisirs la maintenant éveillée et qui ne lui font pas perdre espoir. 

Miki, un personnage auquel on s'attache et que l'on a envie de soutenir face à ce frère tyrannique. Il y a deux autres personnages très touchants également. Celui de Léon, nouvel arrivant et pris en grippe par les hommes de cette bourgade australienne. Un garde forestier face à des bûcherons. Un homme qui espère prendre un nouveau départ, fière de ses convictions pour la protection de la nature et on ne peut que l'apprécier pour cela. Un homme touchant face à un grand-père qu'il apprend à connaître, et face à une situation délicate vis à vis de ses parents. Un homme touchant également face à un petit bonhomme de 10 ans, Max, son nouveau voisin qu'il va vite connaître et avec qui il va nouer des attaches de bienveillance et fraternelles. 
Max, 10 ans, est en effet le 3ème personnage pour qui on se prend d'attache et que l'on a énormément envie de soutenir dans cette vie difficile d'enfant qu'il a... Plus le roman avance, plus on découvre ce qu'il se passe autour de lui... Des moments touchants, une situation que je ne dévoilerai pas pour ne rien spoiler. 

La lecture du roman se déroule parfaitement grâce aux rebondissements qui viennent alimenter les énigmes, elle en devient même addictive car difficile de lâcher le livre lors d'événements essentiels où situations délicates pour nos trois héros. 

J'ai beaucoup aimé également le style de l'auteure dans l'écriture de son roman car elle a utilisé trois courants narratifs entre Miki, Léon et Max selon les chapitres apportant du coup énormément dans leurs façons de voir, de ressentir les choses mais aussi dans leurs vies privées à chacun. Car même si il y a l'histoire d'un village, d'habitants de Tasmanie, il y a 3 histoires et 3 énigmes autour de Miki, Léon et Max. 

Petit à petit, les rebondissements amènent des réponses à nos questions. Le lecteur reste du coup suspendu aux mots de Karen Viggers tout au long du roman. Et des mots magnifiques je dois dire. Des mots touchants, délicats, vrais, mais aussi poétiques. Autant sur le sujet de la protection de la faune et de la flore de Tasmanie et on ressent tout son amour pour cela, autant sur le sujet délicat des violences morales multiples au sein du roman. 

Un roman qui m'a fascinée et que je recommande sans aucune réserve. Des thèmes percutants et emplis d'émotions. Et une ode à la nature avec une richesse dans les descriptions offertes par Karen Viggers sur la faune et la flore de Tasmanie...