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lundi 11 mars 2024

Le coeur d'une autre

 



Bruce est un quadragénaire divorcé, après avoir trompé sans relâche sa femme qui accepta un temps ses infidélités puis qui le quitta sans crier gare. Misogyne, il se sert des femmes juste le temps d'une nuit et plus il accumule de béguins insipides, plus son dédain envers les femmes s'accentue. Au fond de lui, il se sentait méprisable bien sûr, mais n'aspirait qu'à une chose : fuir. 

Depuis quelques temps, Bruce n'est pas en forme, se lève fatigué, il a le souffle manquant lorsqu'il doit monter un escalier. 

Après avoir consulté un médecin, Bruce est un homme affaibli par la maladie. Et pour être sauvé, il va passer de longs moments d'attente en vue d'une greffe cardiaque. L'angoisse est présente. 

Jusqu'au grand jour. 

Après l'opération, la personnalité de Bruce change du tout au tout, de façon surprenante. 

Pour se ressourcer, son fils lui propose de partir se reposer avec lui en Italie. C'est sur la terre d'Italie que Bruce va alors se prendre pour passion la peinture. Pas n'importe quelle peinture. En effet, son cœur s'emballe, littéralement, devant un tableau d'un maître de la renaissance... Bruce ne sait pas pourquoi il a cette réaction devant ce tableau, ni pourquoi son nouveau cœur s'est emballé de la sorte. 

En plein désarroi, face au nouveau soi, Bruce cherche à comprendre. Et peut-être pour cela, a-t-il besoin de connaître l'identité de son donneur et quelle a été sa vie... Mais le don d'organe est anonyme...

Le don d'organe.

Une histoire touchante ici avec le roman de Tatiana de Rosnay, sur ce thème fort qu'est le don d'organe. 

Histoire touchante, même si, lorsque l'on fait la rencontre du personnage principal, Bruce, on le trouve de suite antipathique et irritant. Quadra divorcé ayant trompé x fois sa femme, il est un homme misogyne qui se sert des femmes de façon "je prends et je jette" donc très antipathique. Mais le personnage devient ensuite intéressant dans son changement de personnalité, dans sa quête identitaire, après avoir pu bénéficier d'une greffe de coeur. L'homme n'est plus le même. Et c'est d'ailleurs le fil conducteur du roman, pourquoi l'homme a t-il changé du tout au tout dans sa personnalité. C'est ce qu'il va tenter de comprendre et on va le suivre petit à petit dans sa quête identitaire car lui-même ne se reconnaît plus.

Le sujet traité est intéressant, sur le don d'organe et l'après don d'orgne, sur le cheminement de l'homme à la suite de cette transplantation de coeur. Un thème également complexe et intéressant autour des changements psychologiques pouvant apparaître après une greffe de coeur, changements ressentis chez des transplantés, et pour autant sans preuves scientifiques apportant des réponses à ces changements psychologiques

Les autres personnages rencontrés au fil du roman sont eux aussi touchants (mais je ne vais pas vous en dire plus à ce sujet. Qui ils sont ? ...c'est à vous de le découvrir). 

Les décors sont dépaysant lorsque nous sommes sur les terres d'Italie. 

Les préfaces sont intéressantes à lire. 

En bref, un moment lecture agréable.

jeudi 6 février 2020

Rose




Auteur : Tatiana de Rosnay

Editeur : Le Livre de Poche
Roman - Roman épistolaire - Roman historique - Paris - Second Empire - Amour - Amitié - Haussmann - Souvenirs
Pages : 264
Parution : 29 Février 2012










Synopsis

Paris sous le Second Empire. Les ambitieux travaux d'Haussmann détruisent des quartiers entiers, générant des milliers d'expropriations douloureuses. Loin du tumulte, Rose Bazelet mène une vie paisible, au rythme de sa lecture du Petit Journal et de ses promenades au Luxembourg. Jusqu'au jour où elle reçoit la fatidique lettre du préfet : sa maison, située sur le tracé du boulevard Saint-Germain, doit être démolie. Liée par une promesse faite à son mari, elle ne peut se résoudre à partir. Contre le baron, contre l'empereur, Rose va se battre pour sauver la demeure familiale qui renferme un secret jalousement gardé…
Second Empire, Paris 1869. Sur ordre de l'empereur Napoléon III, le baron Haussmann a engagé une série de rénovations de grande ampleur qui transformera totalement et définitivement Paris en une ville plus moderne. Le préfet et l'empereur ont imaginé une cité propre et moderne, avec des égouts adaptés, un éclairage public, une eau débarrassée de ses germes. 

On peut entendre des chocs, des coups, des grondements, menaçant ; le sol qui frémit, des cris, des hennissements de chevaux, des nuages de poussière suffocants, une fumée âcre...la rumeur d'une bataille. Il y a 15 ans, à la nomination du préfet, Rose Bazelet et son mari étaient certains que le préfet ne toucherait pas à l'église de leur quartier ni aux maisons autour d'elle. Ils disaient "Nous sommes près de l'église, cela nous protégera." Et le père Levasque disait encore il y a peu, qu'il faudra plus qu'un préfet ou un empereur pour menacer le quartier. Le couperet est tombé : l'église sera épargnée, mais pas la maison de Rose Bazelet, seule depuis la mort de son mari il y a 10 ans. 

Mais Rose Bazelet prendra position pour la sauvegarde de la maison familiale. Elle est déterminée à lutter. Oh ce n'était pas l'argent de la maison qui l'intéressait. Mais la maison en elle-même, les souvenirs. Tant de douleur, de souffrance, à l'idée que cette maison soit rasée. Leur maison, à elle et à son mari disparu. C'est la seule chose qui la relie encore à lui, avec leurs souvenirs. Certains ne comprennent pas Rose. Comment pouvait-elle ne pas comprendre que ces grands travaux menés dans la ville étaient nécessaires, ne pas le voir et refuser le progrès, la salubrité ? Mais Rose leur répondait qu'ils étaient trop jeunes pour comprendre ce qui la liait à cette maison. Et Rose ne s'avouait pas vaincue, elle n'allait pas abandonner le combat. 

Tandis que d'autres quittaient les lieux, Rose revendiquait pour sa maison de la rue Childebert, ignorant les bruits du changement qui se rapprochaient un petit peu plus chaque jour. Isolée dans sa maison, pour surmonter la solitude du quotidien, elle écrit alors des lettres à son défunt mari. Elle replonge dans des bribes de souvenirs, jusqu'à révéler des secrets restés enfouis dans les murs de la maison de la Rue Childebert...

Très beau roman épistolaire.

A travers ce roman épistolaire, Tatiana de Rosnay nous entraîne dans un Paris historique avec ses vieux métiers et petits commerces, ses rues et quartiers où tout le monde se connaissaient, où les sabots des chevaux résonnaient sur le pavé. 

On assiste à un fait historique où justement une page se tourne. C'est la fin d'une époque, et on y assiste à travers les lettres de Rose pour son défunt mari. Des grands travaux d'embellissement pour un Paris plus moderne mais qui vont indéniablement raser les souvenirs de certains. 

Un Paris qui renaît mais en même temps c'est triste d'assister à tout ce changement qui va détruire des vies et les souvenirs de beaucoup de monde.

Tatiana de Rosnay aborde des thèmes forts et intéressants, tel que le deuil, l'absence, la mémoire, les secrets de famille... A travers ses mots, elle nous offre une réelle description des faits de ce renouveau parisien. On a l'impression de faire un bon dans le temps, et d'y être tellement la narration et descriptions sont superbes. On a cette sensation que le quartier de la Rue Childebert prend vie sous nos yeux. On ressent toute la violence vécue par les habitants face à ce changement radical, Tatiana de Rosnay nous fait ressentir cette violence, ce grondement sourd de destruction. C'en est même parfois oppressant.

Historiquement parlant, ce roman est d'un grand intérêt. On comprend bien le changement radical qui concerne tant de personnes qui vont devoir quitter leur vie actuelle.

Et cette femme âgée, Rose Bazelet, est émouvante. Une femme prête au combat, seule, qui a décidé de rester sourdes aux bruits sauvages de destruction qui l'entourent. Elle est décidée à rester sur les lieux, dans la maison qu'elle a partagé avec son défunt mari, dans la maison qui renferme encore tant de secrets.

Ces lettres écrites par Rose à son défunt mari sont d'une grande sensibilité, même si à côté de cela nous ressentons toute la violence de la destruction des rues avec l'expropriation des propriétaires des maisons et commerces et la démolition massive des quartiers parisiens.

A la lecture, on découvre les secrets renfermés par les murs de cette maison tant aimée de Rose. Tout le vécu, le passé du quartier aussi.

Le style de Tatiana de Rosnay est superbe, une narration sensible, un style "élégant" (je ne trouve pas le bon terme pour m'exprimer...).

Un roman épistolaire qui rend hommage à une femme prête à prendre le combat, seule. 
Une fiction historique d'un grand intérêt, remplie de sensibilité et de nostalgie aussi.