lundi 1 décembre 2014

Les nuits de San Francisco





Auteur : Caryl Férey

Editeur : Arthaud
Roman - Littérature française - roman noir - pauvreté - alcool - drogue - Indien - San Francisco
Pages : 128
Parution : Mai 2014











4ème de couverture : 



« Sa petite robe à pois blancs dansait sur le trottoir, des taches phosphorescentes entre chien et loup comme des signaux de détresse. Sam ne voulait pas y croire, c’était un rêve qui s’échappait de son esprit, la jeunesse qu’il avait bue, rebue, jusqu’à la foutre en l’air, elle et tout ce qui pouvait lui ressembler. 
Sam était là, bancal sur sa chaise, électrisé par l’instant, et son coeur malmené soudain se révulsa : la femme avait une jambe coupée. »

C'est l'histoire de Sam, Indien, un Lakota descendant de la tribu Oglagla. Une tribu qui a été massacrée et dont le sang reste encore sur les visages. Il est en pleine crise d'identité. Il a fait comme son père. Turbulent à 7 ans, battu à 10, fugueur à 13, il a arrêté l'école à 15, zoné dans la réserve avec d'autres paumés et puis il a mis une fille de 17 ans enceinte un soir où il avait bu comme à l'ordinaire. 
Sans boulot ni espoir d'en trouver...que faire alors. Pour Sam il n'y avait rien à faire à Wounded Knee.

Il décide alors de quitter la réserve sans rien dire à personne. Partir oui mais où et pour y faire quoi ? Sam n'a aucun but véritable. Son sac sur le dos, il part sur les routes. Il arrivera à Las Vegas où ici les palaces et casinos se construisent à gogo. Sam va se faire embaucher alors sur les chantiers de construction. Un boulot difficile, on embauche d'ailleurs beaucoup d'Indiens, pour monter sur les poutrelles à des hauteurs vertigineuses. Mais la crise économique va s’immiscer sur les chantiers et ceux-ci vont s'arrêter net. Tout le monde dehors. Sam n'avait que très peu d'économie du coup, juste le temps de dépenser le peu en alcool et jeux. 

Ensuite, il quittera Las Vegas pour repartir vers je ne sais où. Il va atterrir à San Francisco. Il croise des paumés comme lui. Il se retrouve à la rue. Une rue qui vous engloutit en quelques jours. Le plus difficile peut-être sont les nuits, on se fait réveiller à coups de savate en se faisant traiter de sale ivrogne, de bon à rien d'Indien. Sam s'en foutait, il était anesthésié de l'intérieur. Les mots ne le touchent plus depuis longtemps, les coups c'est autre chose. 

De rue en rue, un soir il rencontre une jeune femme, Jeanne. Il ne la connaît pas, la voit monter dans un bus, la suit. Il ne sait pas pourquoi il ressent quelque chose pour cette jeune femme qui semble être fracassée par la vie tout comme lui. Cette jeune femme a une jambe amputée, remplacée par une prothèse. Il a une certaine émotion pour elle. Sortie du bus, elle va finir sur un banc dans un parc désert en pleine nuit. C'est ici que finalement ils vont faire connaissance et qu'il va découvrir qu'elle aussi est en grande souffrance morale. La rencontre de deux âmes détruites par le désœuvrement, le désespoir, l'alcool, la drogue. L'un et l'autre se reconnaissent d'une certaine manière dans la vie de l'autre. 

Émouvante lecture...


Une lecture dense et chargée en émotions sur deux vies cassées. Un style percutant, concis, sans chichi, mais amener avec des mots poétiques. Très belle écriture.

Une histoire sur la vie deux personnes qui n'attendent plus rien, deux écorchés vifs de la vie. Histoire très émouvante bien entendu. Une descente aux enfers et pour l'un et pour l'autre des personnages qui ont tous les deux vécu pas mal de détresse et de cahots. La vie ne leur a pas fait de cadeau, ils n'ont pas eu non plus d'espoir pour un avenir meilleur si bien qu'ils ont entamé une descente aux enfers dont l'auteur nous plonge directement à leurs côtés. Deux homeless qui désormais se laissent guider par l'alcool ou la drogue. Alors eux deux réunis... peut-être qu'ils pourront vivre un petit quelque chose ensemble, pourquoi pas... c'est ce que l'on espère secrètement à la lecture. 

L'auteur met en avant dans ce récit toute la noirceur et le désespoir quotidien de ces deux écorchés de la vie. Il choisit les mots pour nous offrir une ambiance percutante, touchante. On ne ressort pas de cette lecture indemne, sans ressentir beaucoup d'émotions. Et à la fin du récit nous vient alors une question sur le fait de savoir s'il existe au bout du compte une lueur d'espoir dans ce bas monde...

Je découvre l'auteur avec ce récit et j'ai très envie désormais de poursuivre avec Caryl Férey.


Un récit court mais d'une grande intensité.




2 commentaires:

  1. Tu donnes envie de découvrir ce roman, c'est un sujet assez peu évoqué et j'avais bien aimé Indian Blues sur le même thème donc pourquoi pas!

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  2. Comme je préfère ses romans courts, je note celui-ci.

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Merci de votre passage sur le blog !